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Adullact
Les forges logicielles : prémisses de la révolution industrielle du savoir Entretien avec François Elie et Patrick Sinz - Président de l’ADULLACT et Président d’Ethiqa Fondée en 2002, l’ADULLACT soutient et coordonne l'action des collectivités territoriales, des administrations publiques et des centres hospitaliers dans l’open source. Son objectif est de développer, mutualiser et maintenir un patrimoine commun de logiciels libres utiles aux missions de service public. Vous avez mis l’open source au cœur de votre stratégie de développement. Pourquoi ? Dans les années à venir, l’administration électronique va susciter de nombreux besoins de développements applicatifs. Dans ce contexte, l’open source est apparu pour nous comme une évidence. Pas pour des raisons techniques ou de business model. Mais tout simplement parce que les institutions publiques ont des besoins communs et doivent dépenser l’argent public de façon optimale et transparente. Des 3 modèles existants (propriétaire, ASP et logiciels libres), l’open source est celui qui répond le mieux aux intérêts des donneurs d’ordre. C’est un modèle vertueux, qui évite les phénomènes de verrouillage, permet de bien séparer solutions et prestations. En outre, l’approche open source est bien adaptée au domaine qui est le notre : celui des applications métiers. Le libre a déjà fait ses preuves pour le développement collaboratif d’infrastructures (Linux), ou la mutualisation de développements middleware (autour de J2EE, par exemple). Mais il est d’autant plus adapté aux applications métiers : celles ci doivent être en grande partie développées par les organisations utilisatrices elles mêmes, ou des groupes de clients ayant des besoins communs (comme c’est naturellement le cas des administrations locales). Personne ne peut pleinement le faire pour elles. L’approche du libre est donc ici très adaptée. C’est sur ce principe que l’ADULLACT a été fondée en 2002. Une initiative pionnière en Europe, mais qui fait des émules puisque nous développons des collaborations avec l’Etat (ATTICA, ADAE puis DGME) mais aussi avec d’autres associations de collectivités en Europe, notamment en UK, Espagne (Extremadura), Finlande, Danemark, Suède, etc. dans le cadre du projet HEPHAESTOS. L’ADULLACT reste néanmoins à ce jour la communauté la plus avancée dans le domaine. Comment fonctionne la Forge de l’ADULLACT ? Pour gérer des développements communs, et faire collaborer des équipes qui n’ont pas de liens hiérarchiques entre elles, il fallait mettre en place une ‘place de marché’ des idées et de la collaboration. La création d’une forge partagée était nécessaire. C’est ce que nous avons fait en 2003 avec des solutions elles-mêmes open source, sur une base Gforge, CVS, etc. Avec un effort particulier porté sur la simplification des points d’entrée et la normalisation de la taxonomie des applications métiers. Un point qui est clé pour les collaborations à international, car les approches administratives sont souvent très différentes entre pays, et impose de définir des règles de nommage partagées. Aujourd’hui, la forge de l’ADULLACT regroupe environ 2000 développeurs et 300 projets, avec des niveaux d’avancement et de qualité très divers. Ces projets vont de Lutèce, le portail développé par la Mairie de Paris, à des petits projets développés par des particuliers. Sur ces projets, environ 40 sont aujourd’hui pleinement opérationnels. Les téléchargements croissent de manière exponentielle. En outre, nous avons tissé un réseau de forges partenaires, dans d’autres pays européens, regroupant plus de 900 développeurs. Le moteur de recherche est commun, permettant une synergie renforcée. Comment voyez vous les évolutions des forges, à l’avenir ? Nous veillons particulièrement à deux points clés : la gestion des sources, et le suivi des fonctionnalités et des demandes de correction. En outre, un axe d’amélioration propre au contexte spécifique des commanditaires publics est la gestion des contributions des prestataires. Les Forges open source ne sont pas encore nativement adaptées à ce pilotage. A terme, il serait utile qu’elles puissent servir de plate-forme de marché pour gérer l’activité autour des projets. A plus long terme, nous pensons aussi qu’il serait intéressant pour les forges de dépasser le cadre purement informatique, pour toucher d’autres domaines où la capitalisation d’information est précieuse : documentation, etc. Et ceci par branche métier : droit, finance, logistique, commerce, etc. C’est une approche que nous engageons dans le domaine de l’éducation. Tout comme les forges industrielles ont contribué à la révolution industrielle, les forges logicielles permettront à la révolution industrielle du savoir de survenir réellement. Avec des initiatives comme l’ADULLACT dans le domaine des collectivités, la France a pris de l’avance dans ce domaine. Pour aller plus loin, et conserver cette avance, une vraie volonté politique sera néanmoins essentielle. |
