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Maturité OSS

Open Source : de la révolution à la maturité

Interview de Boris Auché, Directeur du développement Open Source, Bull Services

Boris Auché est responsable du développement de l'offre de services Open Source de Bull Services et intervient auprès de clients en conseil amont. Elu en 2007 administrateur et Vice Président de la FNILL (1), Boris a une implication de longue date dans l'Open Source, les SS2L (2) et les communautés. Boris est également responsable de la section Open Source de Standarmedia.com, site de l'AFNOR (3).

Cette année, les mouvements se sont multipliés autour de l'Open Source : développement des usages, rachat d'acteurs Open Source par de grands acteurs du monde informatique, etc. Pourquoi ?
En matière de mise sur le marché et d’adoption, l’Open Source répond aux mêmes règles que n’importe quel produit, n’importe quelle offre. Cette compréhension du phénomène Open Source et l’analyse de son impact, ont conduit Bull, le premier, à engager un travail de structuration de son offre, sous le label Libre Energie™. Nous avons mis en place des actions de veille, de promotion et de vente, en ligne avec la maturité et la pénétration de l’Open Source sur le marché.
Les mouvements de cette année autour de l’Open Source sont la preuve de la justesse de notre analyse du phénomène. L'utilisation de l’Open Source se généralise, passant de la sphère limitée des innovateurs à celle, beaucoup plus large, du plus grand nombre. Ce que les analystes appellent le 'mainstream'.

La phase d'évangélisation sur l'Open Source touche à sa fin. Nous passons maintenant à la généralisation. Nous n'en sommes plus à devoir expliquer comment l'Open Source permet d'innover, combien son emploi réduit les coûts... Ce que demandent maintenant les utilisateurs est concret : comment l’utiliser, quels usages ? Nous sommes passés d’un modèle technique de « comment ça marche » à un modèle d’usage de type « à quoi ça sert ».

Le déploiement s’effectue d'une manière très pragmatique, sans plus s'intéresser outre mesure aux querelles idéologiques Open Source/propriétaires. Mais avec un constat simple : les logiciels libres sont désormais solidement installés dans les systèmes d’information. Et une demande très claire auprès des éditeurs comme des communautés : bénéficier de solutions sur étagère, faciliter la mise en oeuvre avec le support, garantir l'interopérabilité entre toutes les solutions, afin de mettre en œuvre des architectures mixtes.

De fait en 2007, l’Open Source a connu les premiers signes de sa maturité au travers de larges déploiements (Groupe PSA, 20 000 postes de travail) ou d’applications critiques généralisées (Télé IR – Impôts en ligne à la DGI).
Il est donc normal que le marché se structure, que l’Open Source se professionnalise : c’est une demande des clients, voire un pré-requis à l’utilisation et au déploiement de l’Open Source dans les systèmes d’information des grandes entreprises.

Quelles sont les conséquences pour les acteurs de l'Open Source ?
Elles sont majeures. L'Open Source s'étend au delà de la pure sphère technique et commence à toucher la sphère des décideurs, des responsables de la stratégie, des achats et des comités de direction. C'est un autre univers. Un univers où les seuls arguments techniques – avance technologique, qualité technique, innovation, etc. – comptent moins, là où d'autres critères sont prédominants : coût total, références, support, documentation, stabilité… Un univers où l'on passe d'une utilisation tactique à une approche stratégique, avec des politiques formelles, voire des stratégies de sélection, d'applications et de déploiement.

Deux études de Saugatuck Technology publiées en août et octobre 2007 précisent les inhibiteurs perçus au déploiement des logiciels libres. S’il n’y a plus d’argument déterminant pour utiliser l’Open Source, il n’y a pas, non plus, d’inhibiteur majeur. Les fonctionnalités et l'innovation comptent maintenant pour moins de 50 % dans la décision. Le support, la pérennité et la stratégie prennent le pas. Les arguments 'coûts' et 'support' vont l'emporter sur les pures considérations d'indépendance et de flexibilité. Non pas parce que les utilisateurs ont changé, mais parce qu'on change d'utilisateurs !

Cela bouleverse les règles du jeu dans l'Open Source. On passe d'une stratégie de l'offre à une stratégie de la demande.
A mesure que l'utilisation de l'Open Source s'étend des innovateurs et des précurseurs (‘early adopters’) au plus grand nombre (‘early majority’), la demande change. Les premiers étaient prêts à prendre des risques, à assurer une partie de l'effort d'intégration et de mise en œuvre. Les seconds sont très pragmatiques. Ils veulent des solutions plutôt « sur étagère », qui fonctionnent tout de suite, avec des références, un support complet, etc.

Si les clients apprécient le caractère communautaire des développements Open Source, ils ont parfaitement compris que la taille, la reconnaissance et la puissance des communautés étaient les éléments déterminants du succès de leurs solutions. Cela pousse les acteurs de l'Open Source à s'organiser différemment. On assiste à un mouvement de consolidation et d'intégration verticale qui s'accélère dans les grandes communautés, distributions et alliances (Apache, Eclipse, Novell, Mandriva, OSA, OW2, Red Hat, etc.). Avec des éditeurs Open Source désormais très orientés marketing – comme dans l'automobile, on est passé de l'ère des mécaniciens à celle des designers – qui développent de plus en plus des offres sous licences doubles (eXo, Talend, JBoss, EBM). Avec des écosystèmes de distribution et d'intégration de plus en plus larges. Un bon exemple est l'apparition récente des places de marché, Red Hat Exchange ou SourceForge.Net/MarketPlace, qui veulent simplifier autour de leurs solutions l'accès à des prestataires de services. Et, bien sûr, il faut compter avec le positionnement grandissant des SSII comme conseils et intégrateurs globaux en Open Source, parmi lesquels Bull est un précurseur et un acteur majeur avec son offre Libre Energie, sa participation au consortium OW2, sa présence au pôle de compétitivité mondial System@tic et son engagement auprès de la FNILL.
Enfin, au-delà des offreurs, on observe des évolutions très significatives chez les utilisateurs, avec une montée en puissance de communautés d'utilisateurs ; c'est une tendance fondamentale.

Comment se caractérise cette montée en puissance des utilisateurs ?
En même temps que le marché de l'Open Source atteint un niveau élevé de maturité, que l’Open Source est en passe d’être adopté par le plus grand nombre, on constate aussi qu’après avoir conquis les infrastructures, le ‘middleware’, il s’attaque maintenant aux applications métiers. Et cela conduit à un mouvement très intéressant : l'émergence de communautés d'utilisateurs orientées métiers, qui cherchent à mutualiser les développements technologiques et à capitaliser dessus. Ce mouvement a déjà commencé, avec IDABC en Europe, AdminSource ou l'Adullact, ACube ou Improve Foundations en France. Il se structure et s'accélère. En particulier dans les domaines où les utilisateurs ont intérêt à mettre en commun certains développements ou standards métiers. C'est bien sûr le cas des services publics (gouvernements, collectivités territoriales, santé/social), mais ces stratégies apparaissent aussi dans les télécommunications, l'industrie, la finance. Car qui mieux qu'un consortium ou une communauté Open Source pilotée par les utilisateurs eux-mêmes peut répondre aux problématiques métiers ?

Ce mouvement est-il l’esquisse des prochaines évolutions ?
Pour ma part, je suis convaincu que c’est une tendance majeure de l'Open Source. La professionnalisation est une évidence, c’est une exigence d’adaptation, un phénomène darwiniste, rien de plus.
La montée en puissance des communautés d’utilisateurs est le nouveau palier de cet engouement pour l’Open Source parce qu’il offre aux utilisateurs l’accès à un mode de développement qu’ils apprécient, rendu possible par le caractère communautaire des licences, parce qu’il leur rend une part d’indépendance captée par les éditeurs, parce qu’il permet de réduire les coûts et les délais en capitalisant et en mutualisant une partie de leurs développements.
Leur défi : celui des outils permettant de fédérer ces communautés, en conjuguant l'ouverture des environnements de développement collaboratifs et les moyens industriels sécurisés, de pilotage de projet, de capitalisation et de recette, bien adaptés au monde de l'entreprise. D'où le nécessaire développement de forges industrielles adaptées. C'est un domaine sur lequel Bull est précurseur avec sa plate-forme NovaForge™. NovaForge intègre et offre le meilleur des technologies libres dans ce domaine.
C’est dans cet esprit et dans la continuité de notre vision, que nous avons ouvert NovaForge.org à la communauté des utilisateurs, contribuant à une meilleure transparence pour le plus grand bénéfice de nos clients.

1 FNILL: Fédération Nationale de l’Industrie des Logiciels Libres
2 SS2L : Société de Services en Logiciels Libres

3 Association Française de NORmalisation
4 Saugatuck Technology, Risk to Open Source Users and Vendors, August 2007
5 Saugatuck, Open Source: The Next Disruptive IT Influence, October 2007