Entretien avec Janick Taillandier, Directeur des Systèmes d’information et des télécommunications de la RATP
Dans
le transport comme dans d’autres services publics, l’heure est à
l’ouverture des marchés. Est-ce que ce nouveau contexte a un impact sur
le système d’information de la RATP ?
En effet, le paysage change et la RATP se transforme. D’une part, nous
devons satisfaire aux nouvelles exigences du STIF (Syndicat des
Transports d’Ile de France), autorité organisatrice qui depuis mi-2005
est un établissement public regroupant Paris, les départements d’Ile de
France et la Région. Placé sous l’autorité du Président de la Région,
le STIF coordonne l’activité de la RATP, de la SNCF et des 90
opérateurs du réseau Optile et définit les conditions générales
d’exploitation des transports en commun en Ile-de-France. D’autre part,
un règlement européen relatif aux services publics de transport de
voyageurs prévoit d’ouvrir ces services à la concurrence.
Nous nous préparons donc à devenir une entreprise engagée dans la
compétition européenne : mise en concurrence et prête à nous
positionner en province et sur d’autres villes européennes.
L’innovation sera le levier de notre développement. La technologie
permet de libérer des postes, les métiers évoluent, l’agent est
désormais plus dans une relation de service pour nos clients. Et bien
sûr, ce qu’on attend du système d’information, c’est qu’il soit le
vecteur de cette transformation : qu’il permette de nouveaux services,
qu’il enrichisse les services existants (exemple : la vidéo
surveillance).
Vous avez fait le choix de l’Open Source pour nombre de vos applications. Pourquoi ?
Parce
que ça marche bien ! En 1995, nous avons lancé notre premier site
Internet construit avec des briques Open Source, car notre budget était
pour le moins limité ; il a tenu cette année là des pics de plus de 100
000 consultations par jour. Nous avons actuellement avec la même
technologie 1 500 accès à la seconde.
Les logiciels libres sont
souvent plus simples que les logiciels commerciaux, enrichis de
fonctionnalités sophistiquées dont nous n’avons pas forcément besoin.
Ils sont par là plus facilement maîtrisables. Nous avons, à la RATP,
des constantes de temps relativement longues, c’est pourquoi nous avons
besoin d’un socle stable de logiciels qui évoluent en fonction de nos
besoins propres et non de ceux d’éditeurs qui eux ont des contraintes
de profitabilité. Nous sommes davantage maîtres de nos architectures et
de leur rythme d’évolution avec des composants Open Source.
J’ajoute que Linux par exemple tourne sur de très nombreux matériels
peu chers. Passer d’Unix à Linux est relativement simple pour nos
développeurs, l’investissement humain est sauvegardé. Ceci nous permet
de rationaliser un parc de serveurs hétérogènes.
Autre élément sensible : un certain nombre de technologies ne sont plus
un élément de coût, c’est très important pour nous qui voulons
accélérer nos politiques de services aux clients.
Quelle est votre stratégie de mise en œuvre ?
Nous
installons Linux sur les serveurs de moyenne gamme, y compris sur les
systèmes critiques. Nous ne l’utiliserons pas pour l’instant sur les
PCs, non plus que sur les très grands systèmes.
Depuis le début
des années 2000, nous avons développé, avec des composants libres, des
applications cœur de métier ou techniques, telles que l’information des
voyageurs en temps réel sur les quais, la vente de tickets en front
office, la gestion des flux financier voyageurs, ainsi que le système
de contrôle GTC (Gestion Technique Centralisé). Les outils d’aide à la
maintenance pour les bus et les tramways sont en cours de
développement. Nous ne faisons jamais de big bang, nous capitalisons
sur l’expérience et progressons pas à pas, jusqu’aux systèmes temps
réels (dont les kiosques) et aux applications avec de très grands
volumes de données.
Les systèmes d’information sont de véritables leviers pour améliorer la
performance et l’efficacité d’une entreprise car ils sont au cœur de
son fonctionnement. Pour de multiples raisons, les logiciels libres
donnent des outils performants et peu chers qui permettent de bien
maîtriser l’évolution de nos systèmes en toute indépendance. Enfin, les
jeunes développeurs que nous embauchons actuellement connaissent tous
Linux et l’Open Source. Un élément qui a son importance. Notre
stratégie est très pragmatique.
Créée en 1949, la RATP est une entreprise de services publics qui assure près de 80% des transports en commun d’Ile-de-France où elle exploite quatre réseaux : bus, métro, RER et tramway. Avec un
chiffre d’affaires de 3,4 milliards d’euros, la RATP emploie plus de 44
000 personnes, transporte 9 millions de voyageurs par jour, dont 4,7 en
métro. Le système d’information réparti sur 12 sites en
Ile-de-France, met en œuvre 500 applications, 300 serveurs (sous AIX,
HP-UX ou Solaris), des bases de données Oracle, et un parc de l’ordre
de 15 000 PCs. Il comprend d’une part le système corporate qui gère les
applications financières (comptabilité, ressources humaines, achats,
services commerciaux et juridiques, systèmes d’assistance à la
maintenance, décisionnel) et d’autre part, les systèmes « voyageurs »
qui régissent les services aux clients, (vente de tickets, gestion des
clients, services embarqués, information aux voyageurs, sécurité des
personnes, des espaces et des biens). Les logiciels libres sont
progressivement utilisés pour les applications métiers.